JEAN-CHARLES MARCHIANI UN NOUVEAU PREFET pour réhabiliter le Var

Anti-conventionnel, hors normes, atypique : autant de qualificatifs pour tenter de définir Jean-Charles Marchiani, le nouveau préfet du Var.

Un haut fonctionnaire au cursus pour le moins exceptionnel.

Par JAMES HUET

Natif de Bastia, Jean-Charles Marchiani, cinquante-deux ans, marié et père de deux garçons de seize et dix-neuf ans, a vécu sa petite enfance en Corse et son adolescence dans les Bouches-du-Rhône ou il entama de brillantes études achevées à Paris. Licencié ès lettres, diplômé d’études d’administration publique, d’études supérieures de droit public, diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) et également ancien auditeur de l’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN), l’homme s’illustra très tôt par son sens inné du devoir et son goût prononcé pour l’action, sans oublier une très grande honnêteté intellectuelle dans l’indéfectible respect de ses engagements politiques.

Victime de limogeage politique en 1983

Probité qui lui coûtera parfois, mais dont il ne se départira jamais. Moins encore au lendemain de sa révocation en 1983 par M. Giraudet, alors président d’Air France (de 1972 à 1983, Jean-Charles Marchiani fut directeur d’une société filiale de la compagnie aérienne) qui sur ordre d ministre des Transport d’alors, Charles Fiterman, destitua, sans coup férir, le futur préfet Marchiani, pour « chiraquisme primaire ». De 1974 à 1978, il avait en effet officié au cabinet de René Tomasini. Crime de lèse-majesté justifiant bien un limogeage en bonne et due forme ! A vingt-cinq ans, Jean-Charles Marchiani entre au Sdece, l’ancêtre de la célèbre DGSE, et fait rapidement montre d’une habileté et d’une rigueur sans pareilles, qualités qui lui vaudront de devenir l’ami et l’un des plus proches collaborateurs de Charles Pasqua, corse comme lui. Durant la première cohabitation, le truculent ministre de l’Intérieur chargera Jean-Charles Marchiani, devenu un spécialiste du terrorisme proche et moyen-oriental, d’œuvrer à la libération des otages français détenus au Liban, otages dont les patronymes, ô combien célèbres : Kauffmann, Fontaine, Carton et Auque, sont inscrits à jamais de nos mémoires ! C’était en 1987 de depuis, l’agent des services secrets a bouclé avec brio nombre d’autres missions impossibles, celle notamment des otages retenus par le groupe Abou Nidal. Plus récemment, il joua un rôle prépondérant lors de la prise d’otages (encore une !) à bord d’un Airbus ralliant Alger à Paris. Dernier exploit en date, et non des moindres, la libération pour le moins délicate du capitaine Chiffot et du lieutenant Souvignet, les deux pilotes français prisonniers en terre bosno-serbe. L’homme de devoir qu’est Jean-Charles Marchiani trouvait là une juste récompense avec ce tout premier poste territorial. Au lendemain de sa nomination, et à l’annonce de la nouvelle dans le Var, beaucoup se posèrent la question : qu’avait donc fait notre département pour « mériter » un tel préfet ? Interrogé sur ce point dès son arrivée à Toulon, Jean-Charles Marchiani indiquait à l’époque que les consignes qu’il avait reçues du gouvernement étaient celle que reçoit tout préfet. Nul n’y avait cru évidemment.

Une venue accueillie avec soulagement

Aujourd’hui, le nouveau préfet lève légèrement le voile et nous explique les buts réels de sa venue en terre varoise : « Tout d’abord, il faut savoir que le président de la République est très attaché au Var pour y avoir vécu une partie de son enfance. Que de ce fait, parce qu’il souhaite en voir réhabilitée l’image, il m’a chargé de remettre de l’ordre dans ce département ou règne depuis des années un climat politoco-mafieux auquel je tenterai de mettre un terme. A cet égard, je sais que de nombreux élus locaux, las de vivre dans cette atmosphère, ont accueilli ma venue avec soulagement.

« Plus classiquement, et comme tout préfet, je suis là pour réaffirmer la présence de l’Etat dans le département, veiller au respect en matières de marchés publics, remotiver la police et la gendarmerie. J’ai bien sûr la charge des problèmes de sécurité, de contrôle de l’immigration et de répression du travail clandestin, du contrôle des collectivités territoriales. Avec une priorité, celle du problème de l’emploi. Je signale au passage que le chômage de longue durée est en nette régression dans le Var. « Le Var qui, il n’est jamais inutile de le rappeler, possède de très nombreux atouts. D’abord, l’activité agricole du département qui est importante et florissante (exemple : la viniculture et l’horticulture). Le tourisme également. Il faut savoir que le Var est le premier département de France en terme de nuitées, que ses ports de plaisance connaissent une activité sans cesse grandissante. C’est de surcroît un département superbe ou la nature est très bien protégée. Militairement, le Var est très en vue avec Toulon notamment, et son port, base de la force d’action navale, avec les écoles d’application au l’Alat du Cannet et de l’artillerie de Draguignan, avec le site d Canjuers, les 4e et 21e Rima basés à Fréjus, avec le centre d’essais de la Méditerranée (CEM), etc. Autant de raisons d’être optimistes quant à l’avenir de ce département-phare dont il faut restaurer l’image de marque. Je m’y emploierai avec l’aide de tous… »

Mission délicate mais certes pas impossible pour un homme comme Jean-Charles Marchiani qui n’a jamais échoué.

Il faut remonter à 1849 et au baron Georges Haussmann qui, avant d’être préfet de la Seine, occupa le même poste dans le Var, pour retrouver un tel super-préfet.

Le département ne peut que s’en enorgueillir…

Jean-Charles Marchiani : le négociateur de l’ombre

« plus d’amateurs ! » avant rugi Charles Pasqua en prenant en mais le dossier des otages, ou se bousculaient depuis plusieurs mois déjà, les émissaires les plus fantaisistes. De ce point de vue, le choix de Jean-Charles Marchiani, qui a joué un rôle décisif dans la libération de Jean-Louis Normandin et Roger Auque, marque un changement complet de stratégie.

Ce Corse, très proche depuis des années de l’actuel ministre de l’Intérieur, est un véritable professionnel du renseignement. Ancien officier du SDEC, durant les années 60 il avait en charge les réseaux d’Afrique et du Moyen-Orient. Reconverti plus tard dans les affaires, il n’en conservait pas mois un solide carnet d’adresses, ses contacts personnels et un savoir-faire qui lui permettent d’évoluer dans les situations les plus délicates.

Bref, c’est un homme de terrain et d’action, qui s’envole le 30 mai 86, pour Damas via Francfort, en compagnie d’Iskandar Safa, un Libanais de nationalité française et de confession chrétienne, également très influent dans la région. Là, Marchiani va retrouver une de ses vieilles connaissances, le général Hamadani, un proche du président Hafez-El-Assad, l’un des grands manitous des services secrets syriens. On reprochera à l’époque, à Marchiani, d’avoir insisté lourdement sur le fait qu’il fallait désormais négocier exclusivement avec Jacques Chirac.

Il aurait même confié à ses interlocuteurs, que le gouvernement pouvait, s’il le désirait, couper l’eau et l’électricité à l’Elysée ! Des propos que l’agent secret a toujours démenti en privé, faisant remarquer que ces informations étaient de source syrienne, et pouvaient très bien provenir d’un clan désireux de torpiller les négociations sur les otages. Toujours est-il, que la visite de Marchiani à Damas va sérieusement dégeler les relations franco-syriennes. Quelques semaines plus tard, c’est le patron de la DST en personne, M. Bernard Gérard, qui se rend lui-même dans la capitale syrienne, pour des discussions encore plus approfondies. Surtout deux des membres de l’équipe d’Antenne 2 enlevés par l’OJR, Philippe Rochot et Georges Hansen, seront libérés coup sur coup.

Pendant ce temps, Jean-Charles Marchiani continue à travailler sur le terrain, on le signale à nouveau à Damas et à Beyrouth, voyageant avec un passeport au nom d’Alexandre Stéphani. Il semble s’être rendu dans la Bekaa ou grouillent milices et organisations terroristes de toute obédience, pro-syrienne ou pro-iranienne. Cette fois, l’émissaire français est au contact dirct des ravisseurs, et c’est là que se joue la partie décisive. Une mission qui a réussi, mais qui était risquée. L’un des intermédiaires de l’ancien officier du SDEC, Mohamed Khatimi fut même enlevé à son tour et Jean-Charles Marchiani devait une fois encore se rendre sur le terrain, pour obtenir sa libération. Il ne se décourageait pas pour autant, la partie reprenait encore plus compliquée, cette diplomatie souterraine et très spéciale, continuait jusqu’à l’heureux dénouement de vendredi.

Le négociateur de Charles Pasqua semble donc tenir un fil apparemment solide, reste à savoir s’il permettra d’obtenir la libération des trois otages, aux mains cette fois du Djihad islamique.

Alex PANZANI

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